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Bach metamorphosis

Notes d'intention

L’orgue est un monument de par sa taille, de par son histoire. Il est le seul instrument qui se joue à la fois avec les mains et les pieds. Il implique le corps de l’organiste dans sa globalité. Son histoire est particulièrement marquée par l’improvisation musicale, les partitions écrites que nous connaissons ne sont qu’un infime témoin de son histoire, il a quelque chose d’impalpable, qui nous échappe et qui crée un mystère.

Perché dans les églises, l’orgue observe et souffle, il est à mes yeux un organe sur-dimensionné, poumon de l’église, veines de la nef. Il fait vibrer l’espace, l’air et les corps. Il nous donne à palper la matière de l’espace, nous traverse et forme un tout entre espace et vibrations.

En tant que contorsionniste, il me plait de m’y confronter par la partition de mon corps, me laisser aspirer par ses notes résonnantes, les laisser rebondir dans mes méandres corporelles, puis resurgir de part et d’autre de mon épiderme. Je parcours et chemine l’espace intérieur de mon être, incroyablement riche de chemins sensibles. Articuler tisser de précisions infimes ces deux matières vivantes-organiques pour en composer une musique puissante nourrie de deux langages conjugués.

A la façon dont J.S. Bach combinait de multiples mélodies, je vais décupler mon corps, disséquer ses mouvements, de sorte qu’il soit une combinaison de plusieurs, ne sachant plus si l’on en perçoit un seul ?

Orgue et contorsion se lient, s’unissent pour leur singularité commune. Ils ont une part de mystère qui nous échappe, ils sont impalpables de par leur histoire. Pourquoi se confronter à l’infiniment grand . Quelles vont être les alchimies créées. Comment vont-ils se nourrir, s’enrichir l’un de l’autre?

Aventure passionnante que cette rencontre qui ouvre un nouvel espace…une autre Metamorphosis.

Lise Pauton

J.S. Bach, le maître du clavier était aussi violoniste. En plus d’avoir laissé une oeuvre monumentale pour clavier, il a aussi composé des sonates et partitas pour violon seul, qui restent aujourd’hui un sommet de la littérature pour cet instrument.

Pourtant nous savons que les possibilités réduites du violon à produire plusieurs sons simultanément, ont déjà poussé Bach lui-même à jouer ces pièces sur un clavier. Seuls quelques fragments de ces versions ont survécu, c’est pourquoi j’ai souhaité proposer une version pour orgue de l’intégralité de l’oeuvre pour violon seul de Bach, en s’inspirant évidemment de sa propre écriture. Ces pièces gagnent une dimension nouvelle par la monumentalité et la richesse des couleurs de l’orgue, et trouvent un autre équilibre par l’ajout des voix et des harmonies ajoutées aux lignes originales de Bach. Ainsi elles deviennent autres tout en restant les mêmes… une Metamorphosis.

J’ai perçu dans la contorsion un corps sous tension. Une tension expressive qui me touche car elle va chercher la beauté au delà de certaines limites naturelles. Spontanément cette recherche m’évoque la musique de Bach, une musique sous une tension continue dans un temps très vaste, une musique dont la beauté et la complexité se déploie très au delà des limites naturelles de la musique de l’époque. J’attends aussi avec curiosité de voir les résonances que la musique de Bach peut évoquer dans le langage de la contorsion, autant que je suis intrigué de savoir ce que la contorsion pourra modifier dans ma manière de jouer, de sentir ou de transmettre Bach au public d’aujourd’hui. Car, et c’est le dernier point, ce langage musical complexe peut demander une culture d’écoute, des éléments de compréhension qui ne sont pas forcément partagés au sein de tous les publics d’aujourd’hui. Aussi la contorsion peut être un médium de perception supplémentaire; je souhaite qu’elle se fonde en une alchimie subtile avec la musique pour créer une émotion artistique nouvelle que la seul musique n’aura peut-être pas su provoquer.

 

Yves Rechsteiner – organiste

Toulouse les Orgues innove et rassemble

écrit par Serge Chauzy 20 octobre 2021 08:16

La 26ème édition de Toulouse les Orgues poursuit sa démarche d’accommodation de l’orgue dans des recettes aussi bien traditionnelles que créatives : récitals, duos avec des ensembles instrumentaux ou vocaux, en dialogue avec du cinéma, de l’accordéon, et même… de la contorsion !

L’équipe de création :

Orgue : Yves Rechsteiner

Chorégraphie, contorsion et costume : Lise Pauton

Création lumière et régie générale de tournée : Jean-Luc Maurs

Direction de la production : Myriam Chaabouni, bureau de production Tout’Art.                                                                                            

Chargée de production : Louise Sadoc, bureau de production Tout’Art.

Administration : Jeremias Messina, bureau de production Tout’Art.

Communication : Stéphane Zang

Photographe : Olivier Valsecchi

BACH METAMORPHOSIS est une production de la RaieManta Compagnie.

Coproduction : Festival Toulouse-les-Orgues

Soutiens et partenariats :
– avec le soutien financier de la Drac Occitanie dans le cadre du Plan de relance pour la Culture —
– la Région Occitanie – Pyrénées Méditerranée
– le département de la Haute-Garonne.

LES AUTRES SPECTACLES

Lise ou la polyphonie du geste

Autant le savoir, la beauté d’une contorsionniste tient peut-être à ce qu’elle traumatise son corps. Telle une sculpture, sa force tient avant tout dans sa forme, on pourrait dire ses formes. De manière exceptionnelle la contorsion met en valeur des quantité de sections du corps livré aux regards, en dépressions légères, disloqué , tordu, tendu et qui projette des ondulations infinies, jusqu’aux incurvations voluptueuses, d’une jambe ou d’une hanche pliée sous un torse écrasé au sol, d’un cou presque brisé, sur lequel flotte une longue chevelure …

Il faut s’attendre à tout d’une artiste ou d’un artiste qui pratique la contorsion. Cette puissance à mettre l’anormalité, la monstruosité, au niveau de la sublime beauté, c’est suffisamment exceptionnel pour être regardé avec une dose de voyeurisme.
Année après année, Lise Pauton, dite Lisou, ne cesse de porter au plus haut niveau de perfection son oeuvre de la contorsion. La concernant, il s’agit d’un travail artistique en constante évolution, de la Poule blanche à la Poule noire, du Fil des Torsions à Introspection, elle s’applique à faire de la contorsion un langage du corps qui exprime toutes les expressions et les sentiments. Par sa lumière de peau, par un muscle délicatement tendu avec une souplesse provocante parfois jusqu’à l’impudeur, elle exprime toutes ces déformations comme une autre forme de beauté.

Ce qui fait cirque chez elle, c’est sa manière de se mettre en équilibre, de chercher le point de rupture, celui qui peut provoquer une brisure intérieure, une blessure invisible. Son corps bascule dans la souffrance, elle peut à peine respirer, la contorsion est un exercice périlleux qu’il faut assumer jusqu’au bout.

Souvent le corps ramassé et ouvert laisse penser à une coquille de Botticelli ou de Rodin. Née en province, elle apprend à 4 ans de son grand père toutes les leçons de la contorsion et développe depuis la fin de ses études à Châtellerault un projet autour de cette discipline. Son parcours artistique va au delà de ses créations, notamment par sa rencontre avec nombre de photographes qui trouvent en elle, un sujet de création proche de la représentation sculpturale sublimée, elle est inspiration. Passionnée par la poésie et le mouvement l’Oulipo, elle s’engage dans une écriture poétique, les contraintes imposées par ce mouvement offrant à la contorsion une ouverture vers de nouvelles propositions et encourageant la création.
Son travail, véritable laboratoire, s’ouvre de plus en plus sur une représentation des tensions intérieures dans des mises en scène millimétrées où exultent les mouvements de contorsion à la limite de l’implosion de toutes les parties du corps.
Elle ne danse pas, mais son corps est chorégraphie, ses bras, ses jambes, ses hanches, son dos, son ventre, ses cheveux, sa tête, ses mains, tout bouge avec grâce et une belle musicalité, une interprétation sur différents modes pour une polyphonie du geste. Elle est libre et n’accepte rien qui pourrait venir entraver cette liberté. ll y a dans le corps de cette contorsionniste de la plus belle inspiration antique comme un signe de l’éternité, qui n’a de compte à rendre à quiconque .

«Ce corps couleuvre coule le long de lui même, transpirant l’oeuvre qu’il sculpte » Extrait texte RE-Flexion Lise Pauton

Jean-Pierre Marcos

BRÈVES - HORS LES MURS

 » Difficile à pratiquer, difficile aussi à regarder, la contorsion étonne ou dérange. Lise Pauton, jeune artiste formée à l’école de Châtellerault, relève le défi avec Au Fil des torsions, proposition étonnante de 35 minutes dont seule la résistance physique semble avoir limité la durée. Lovée sur un socle circulaire qui définit l’espace, elle est là, sous nos yeux, dans une présence tranquille. D’un point d’initiation déterminé, hanche, épaule, sternum, la question du chemin du mouvement dans le corps se pose à elle. « D’où ça part, par où ça passe, où ça va… ». Points  fixes et points mobiles se cherchent, le corps se déploie sans excès en laissant vibrer la matière. La modification corporelle se propage dans la lenteur d’un flux continu. La performance se fait oublier dans ce déploiement paisible du corps dans l’espace. De torsions en torsions inattendues, simultanées, ouvrant l’espace dans toutes les directions, la transformation s’opère comme une quête… jusqu’à la position finale debout.

Art de l’intime. En s’écartant de l’imagerie d’un corps rompu, contraint, que l’empathie a tendance à rendre douloureux autant qu’exceptionnel, Lise Pauton réussit à nous faire entrer dans une sensation vivante ( vivable ? ) et apprivoise nos peurs. Le travail du son répond au travail du corps ; Philip Glass n’est pas loin dans cette composition aux boucles incessantes. Espace restreint – sobriété du son – mouvement continu, la contorsion devient un art de l’intime cherchant ses marques loin du spectaculaire… Un texte écrit spécialement pour ce solo par Frédéric Forte, membre de l’Oulipo, fait résonner ce corps embarqué sur le chemin des possibles. « 

Odile Cougoule

Toulouse les Orgues innove et rassemble

écrit par Serge Chauzy 20 octobre 2021 08:16

La 26ème édition de Toulouse les Orgues poursuit sa démarche d’accommodation de l’orgue dans des recettes aussi bien traditionnelles que créatives : récitals, duos avec des ensembles instrumentaux ou vocaux, en dialogue avec du cinéma, de l’accordéon, et même… de la contorsion !

Les notes et le corps

Le 12 octobre, la cathédrale Saint-Etienne accueillait le projet « Bach Metamorphosis », dans lequel la musique de Jean-Sébastien Bach, jouée par Yves Rechsteiner, entre en résonance avec l’art de la contorsionniste Lise Pauton. Ce soir-là, dans la nef gothique et ses stalles boisées, le public se rassemble autour d’une estrade entourée d’un cercle de lumière. Sur cette scène, la jeune contorsionniste, à la fois danseuse, chorégraphe et gymnaste se livre à une traduction corporelle de la musique de Bach qui émane du bel orgue en nid d’hirondelle de la cathédrale.
Aux commandes de l’instrument reconstruit par Alfred Kern, Yves Rechsteiner, le directeur artistique du festival, revisite de grandes œuvres de Johann Sebastian Bach. En quelques années, il a réalisé les transcriptions pour l’orgue des sonates et partitas pour violon seul, prolongeant ainsi une pratique courante à l’époque de Bach et plus récemment encore. Il a ainsi été amené à harmoniser et enrichir les lignes mélodiques destinées à l’instrument monodique qu’est le violon, pour l’instruments le plus polyphonique qui soit !

Le concert du 12 octobre s’ouvre sur la Sinfonia de la Partita n° 3 BWV 1006 : une entrée en matière brillante et solennelle. Suivent les étranges nappes sonores d’une improvisation qui accompagne la très lente entrée de Lise Pauton. C’est alors que s’ouvre un fascinant dialogue entre les ondes sonores de l’orgue et les mouvements d’une souplesse extrême du corps de la contorsionniste. Quatre mouvements de Sonates pour violon, transcrites pour l’instrument-roi, suscitent les interventions visuelles de Lise Pauton, comme habitée par la musique. Rien de redondant dans ces mouvements qui suggèrent plus qu’ils n’accompagnent.
Une nouvelles improvisation sous forme de nappes sonores rappelle la danseuse-chorégraphe avant la transcription des quatre premiers mouvements de la fameuse Partita n° 2 en si mineur, au cours desquels une chevelure « à la Mélisande » ponctue le déroulement de l’œuvre. La troisième improvisation déchaîne un véritable cataclysme qui introduit la phase finale de ce dialogue en forme de correspondance, au sens baudelairien du terme. Le mouvement final, la célèbre Chaconne, de la même Partita n° 2, magnifie cette conclusion en forme d’apothéose.
Ainsi s’achève ce voyage aux accents mystiques au cœur de la musique de Bach le grand.